Création de l'APSY: Genèse
À l’occasion des trente ans de l’APSY-UCL (1994-2024), je me permets d’en rappeler la genèse.
Bien que psychiatre[1] – mais vu ses excellentes qualités de gestionnaire – Léon Cassiers avait été nommé Doyen de la Faculté de Médecine et s’était vu contraint, par ces lourdes fonctions, de s’éloigner du Service de Psychiatrie et d’en déléguer la direction. À l’expiration de son mandat et à son retour dans le Service, il ne devait lui rester qu’un an à prester avant la retraite. Or, il n’avait rien prévu pour sa succession, et il lui était manifestement difficile de penser «l’après» …
Ce qu’on appelait à l’époque le «Service de Psychiatrie» était en fait l’agglutination de diverses entités proches comme, par exemple, le “Centre de Guidance” Chapelle-aux-Champs (centre de gravité de la future APSY-UCL) et l’«Unité 21», hébergée par les Cliniques-Saint-Luc, ainsi que d’autres dont la plupart se trouvaient associées de facto par la présence de «Léon» (de sa vision éthique, scientifique, politique et institutionnelle) dans leurs CA. Tout cela s’était construit au fil du temps, sans véritable statut juridique, et risquait de se déconstruire très vite après le départ de la forte personnalité de Léon Cassiers.
Un «Conseil de Service» (futur «Conseil de l’APSY») - représentatif des diverses entités - servait de Parlement à cette réalité institutionnelle à la fois créative et fragile. J’en étais le président, lors du départ de Cassiers à la Faculté de Médecine, et Muriel Meynckens (pédopsychiatre formée à la psychothérapie systémique et à l’analyse institutionnelle) en était la vice-présidente.
Inquiets du devenir du «Service» après le départ de son personnage-clef, Muriel et moi décidâmes d’aller en parler avec le recteur de l’UCL, Pierre Macq et avec le président de son CA, Jean Hallet, pour tenter d’en ancrer la continuité. Macq – qui connaissait Cassiers depuis longtemps et l’appréciait beaucoup – entendit nos arguments et proposa malicieusement que nous profitions de son éloignement dans le décanat «pour comploter derrière son dos» (ce sont ses termes exacts). Jean Hallet soutint le projet avec enthousiasme. Ils décidèrent donc de demander au Service Juridique de l’université quelle serait la meilleure formule pour garder au Service sa souplesse tout en le pérennisant sous la protection de l’UCL. Ils optèrent pour une «Association de Fait» sous encadrement de diverses instances de l’UCL : une formule qui n’a pas changé depuis lors.
Encore fallait-il donner forme écrite à la conception relationnelle et humaniste – personnaliste – de la psychiatrie et de la santé mentale, telle nous tentions de la pratiquer dans le «Service» sous les auspices de Léon Cassiers. Pendant un an, à Chapelle-aux-Champs, durant de longues et nombreuses soirées après leur journée de travail, les représentants des diverses entités représentées au «Conseil de Service» discutèrent alors ensemble, débattirent, et accouchèrent finalement d’une Charte (éthique, scientifique, institutionnelle) dont le respect conditionnerait l’appartenance d’une entité au dit «Service». C’est Philippe Meire (psychiatre passionné par la neurologie) qui proposa qu’il se nomme désormais «APSY-UCL» : Association des Services de Psychiatrie et de Santé Mentale de l’UCL . Lors de la séance officielle de création de l’APSY, Pierre Macq et Jean Hallet étaient présents en personne pour signer la Charte.
À son retour du décanat, Léon Cassiers aurait pu reprendre sa fonction pour un an sans autre forme de procès. Tout au contraire, il tint absolument à se couler dans la nouvelle forme institutionnelle. On organisa donc des élections et, sans surprise, il fut élu — devenant ainsi le premier président de l’APSY-UCL.
APOSTILLE
Certain(e)s l’ignorent, mais Léon Cassiers - connu pour sa parfaite maîtrise de soi et sa rigueur entraînante de chef-scout – est aussi l’auteur du lapsus le plus honnête de l’histoire de la psychiatrie. Clôturant dans une belle envolée un colloque de deux jours, consacré à la psychiatrie sociale (sur le site de Woluwé), il attira l’attention d’une nombreuse assemblée sur le prix très lourd payé quelquefois par les patients suite à des traitements inadéquats : « … car n’oublions pas, chers Collègues, Mesdames et Messieurs, que nous nous devons à ces gens qui nous paient pour nous soigner … (sic) » — hurlements de rire devant l’intéressé qui n’y comprend mie. J’avais juré sur la Bible devant Léon de ne rater aucune occasion de rappeler cette scène à la fois sobre et grandiose. Une fois encore, mission accomplie.
Francis Martens 15 décembre 2025
[1] Inutile de rappeler le peu de crédit que l’institution médicale accordait, à l’époque, à la psychiatrie. À Saint-Luc, par exemple, l’«Unité 21» dérangeait d’autant plus que, vu l’absence délibérée de blouse blanche, il était difficile de différencier les patient(e)s des soignant(e)s. C’est ainsi que Léon Cassiers se fit un jour interpeller dans l’ascenseur par le professeur Haxhe, alors directeur-médical des Cliniques Saint-Luc : « Alors Léon ? ! Quand vas-tu enlever ton chancre de mon hôpital ? » (sic).